Avant de commencer — note d'auteur
J'écris cet article parce qu'en tant que consultant, c'est l'humain qui compte. Et avant d'aller plus loin sur ce que ComiPi fait, je veux partager ma vision d'humain. C'est dans cet ordre que je travaille, pas dans l'autre.
Oui, j'utilise l'IA pour rédiger cet article. Elle corrige mon style, mes fautes, structure mes idées. Mais on travaille ensemble : c'est moi qui donne les consignes, c'est elle qui reprend, c'est moi qui valide. C'est la façon de travailler de 2026 — et cela fait deux ans que je le fais au quotidien, en observant les freins, en discutant avec ceux qui résistent. C'est d'ailleurs assez drôle de me revoir dans certaines réunions d'il y a deux ans : ce qui paraissait alors discutable est devenu la norme aujourd'hui.
Travailler avec l'IA permet d'augmenter les performances, d'aller plus vite, d'aller plus loin. On m'a souvent reproché d'aller trop vite. Alors accrochez-vous : ça va encore accélérer.
Si les principes posés dans ce manifeste ne collent pas avec ce que vous cherchez, avec votre vision, alors c'est que nous ne sommes sans doute pas faits pour avancer ensemble. Et c'est très bien comme ça. Ce texte est aussi un filtre — il dit ce que ComiPi est, pour que vous sachiez si on peut faire un bout de route ensemble.
1999. Machines à écrire, planches à dessin, et le web qui arrive.
J'ai commencé chez John Deere, l'industrie lourde. Des process réglés au millimètre, une organisation pensée dans les moindres détails, une rigueur que j'ai trouvée passionnante dès les premiers mois. Les bureaux d'études avaient encore des planches à dessin. Dans les couloirs administratifs, des machines à écrire n'avaient pas encore été entièrement remplacées. Et le web — ce truc qui allait tout changer — était encore une curiosité de spécialistes : quand quelqu'un dans le bureau se connectait, tout le monde levait la tête.
C'est dans ce contexte-là qu'une conviction s'est formée, presque sans que je m'en rende compte. Je regardais comment les informations se déplaçaient d'un service à l'autre : les bons de commande, les plans, les modifications en cours, les décisions prises en réunion qui mettaient trois jours à arriver à ceux qui devaient les appliquer. Je voyais des personnes compétentes perdre du temps non pas par manque de travail, mais parce que l'info n'arrivait pas au bon endroit au bon moment.
La conviction fondatrice
L'entreprise, c'est de l'information qui circule. Tout le reste suit.
Cette phrase, je l'avais déjà en tête en 1999. Je ne la formulais pas encore aussi clairement — mais c'est exactement ce que je voyais.
Je n'avais pas 25 ans. Je n'avais pas de théorie du management ni de lecture en sciences de l'organisation. Juste ce constat empirique, répété chaque semaine : quand l'info circule bien, les équipes font des choses remarquables. Quand elle se bloque, s'égare, se duplique ou arrive trop tard, les mêmes équipes compétentes se retrouvent à travailler contre elles-mêmes. Ce n'était pas un problème de personnes. C'était un problème d'architecture.
J'ai passé les années suivantes à traverser des secteurs très différents — STERIS (dispositifs médicaux chirurgicaux), MILCoMED (mon propre projet entrepreneurial), le FabLab et l'Industry Lab d'Orléans, puis SIGRENEA sur l'IoT industriel. À chaque passage, le même constat, dans des formes différentes. Les outils changeaient. Le problème, lui, ne bougeait pas.
Une obsession qui n'a jamais lâché : l'info qui circule.
Pendant vingt-cinq ans, j'ai vu la techno évoluer à une vitesse que personne en 1999 n'aurait vraiment su prédire. Du tableur Excel au cloud, du papier au DMS, du téléphone au CRM, du serveur sous le bureau à la VM mensualisée quelque part dans un datacenter. Chaque vague technologique était présentée comme la solution au problème de fond. Et à chaque fois, après la phase de lancement, on se retrouvait avec le même problème : l'info restait cloisonnée. Ou, quand on tentait de la décloisonner massivement, elle devenait incontrôlable, sans valeur, noyée dans sa propre abondance.
Ce n'est pas une critique des outils. Les outils sont devenus meilleurs, objectivement. C'est une observation sur la façon dont les organisations fonctionnent : l'information ne circule pas naturellement entre des silos. Elle doit être pensée, architecturée, accompagnée. Ce travail ne se fait pas tout seul — et il ne se fait pas en achetant un logiciel de plus.
J'avais une méthode en tête. Une façon de poser les process, de les imbriquer, de faire en sorte que l'info passe d'un service à l'autre sans friction, sans double-saisie, sans que quelqu'un ait besoin de chercher 40 minutes un fichier dans un Drive partagé avant une réunion. Mais cette méthode avait un problème : elle demandait un effort de conception et de mise en œuvre que je ne pouvais pas assumer seul, à coût accessible, pour des structures de taille TPE ou PME. Ce n'était tout simplement pas industrialisable — pas sans une équipe, pas sans budget.
J'avais la vision. Je n'avais pas encore le levier.
2026 : tout est connecté, et pourtant tout frotte plus que jamais.
En 2026, nous avons accès à tout. Des données partout. Des agents IA opérationnels. Des outils de collaboration matures. Des API sur tout et tout le monde. On pourrait croire que le problème d'information a été réglé il y a dix ans.
Ce n'est pas ce que je constate. Les frictions ont augmenté. Inter-services, inter-BU, inter-entreprises. Tout le monde veut plus, plus vite, mieux — mais l'info reste cloisonnée. Ou si elle est décloisonnée, c'est massivement et sans contrôle : des data lakes que personne ne lit, des dashboards coûteux que la direction regarde une fois par trimestre, des intégrations entre outils qui fonctionnent jusqu'au jour où elles ne fonctionnent plus et où personne ne sait pourquoi.
On parle de transverse. Le management reste vertical. Cette contradiction n'est pas un oubli ni une hypocrisie — c'est une résistance structurelle. Les organisations verticales ont des avantages réels : clarté des responsabilités, rapidité de décision dans la ligne de commande, cohérence des ressources. Mais elles noient les collaborateurs dans des priorités contradictoires, mettent sous pression sans responsabiliser, et n'extraient ni le meilleur individuel ni le meilleur collectif. Les personnes font leur travail dans leur silo. La valeur reste prisonnière des jointures.
Le problème des VM
Il y a vingt ans, les entreprises avaient des serveurs qui traînaient. On pouvait expérimenter dessus. Installer un outil, tester, rater, recommencer. Aujourd'hui tout est en VM mensuelle. Tout a un coût immédiat. Tout doit être justifié avant même d'être essayé. Résultat : l'expérimentation s'est arrêtée là où elle était la plus précieuse — dans les petites structures. N8N est gratuit et auto-hébergeable. En 2026, très peu de TPE et PME l'utilisent. Ce n'est pas par manque d'intérêt. C'est parce que plus personne n'a un serveur qui traîne.
Et puis il y a le préjugé open source. L'idée que les outils libres, c'est pour les geeks barbus qui adorent les écrans noirs avec police verte — la culture AS400 fantasmée. Ce préjugé est faux, mais il est tenace. Il coûte cher aux structures qui, du coup, paient des abonnements à des SaaS propriétaires pour des fonctions que des outils open source couvrent très bien, avec en plus la maîtrise des données et l'absence de lock-in. J'y reviendrai.
L'open source n'est plus pour les barbus AS400.
Dolibarr est moche. C'est vrai. L'interface n'est pas ce qu'on ferait si on partait d'une feuille blanche aujourd'hui avec des contraintes UX modernes. Mais Dolibarr est solide, documenté, auditable, auto-hébergeable, et il couvre tout ce qu'une structure a besoin en gestion légale, comptable, commerciale et RH. Ce n'est pas un détail : c'est la base structurante sur laquelle on peut construire sans se demander si les données appartiennent encore à l'entreprise dans cinq ans.
La démarche que j'ai structurée chez ComiPi est simple : Dolibarr comme socle légal et structurant, une application métier développée sur mesure par-dessus. L'UX vit dans l'application — agréable, adaptée aux usages réels des équipes terrain. La base légale vit dans Dolibarr. Le client a un outil qu'il aime utiliser et une comptabilité inattaquable. Les deux ensemble. Pas l'un ou l'autre.
Les orchestrations, je les code. Pas de boîte noire no-code. Pas de plateforme tierce sur laquelle on fait reposer la logique métier d'une entreprise. Dans ComiPi ERP, le SaaS métier que je développe sur mesure au-dessus de Dolibarr, tout est en Next.js / Node / TypeScript. Quand un commercial saisit un nouveau client dans l'app, c'est ComiPi ERP qui crée le contact dans Dolibarr via son API, envoie le mail de bienvenue, notifie Mattermost, et ouvre l'espace fichier dans Nextcloud — sans que personne ne ressaisisse rien nulle part. Quand un devis reste sans réponse depuis sept jours, c'est un job programmé dans ComiPi ERP qui déclenche la relance. Ce genre de chose, une PME peut l'avoir aujourd'hui, sans prestataire permanent, sans abonnement à 400 euros par mois. Mais il faut que quelqu'un pose l'architecture, code proprement, documente, et transmette.
Sur la cybersécurité : ce n'est pas une option à ajouter à la fin pour cocher une case dans un appel d'offres. C'est un point de départ d'architecture. Segmentation réseau dès la conception, authentification forte par défaut, secrets en coffre-fort, backups testés, journaux centralisés. Tout ça avant le premier déploiement métier — pas après. Les structures qui font ça dans l'autre sens se retrouvent à reconstruire sur des fondations fragiles. J'ai vu cette situation suffisamment souvent pour que ce soit devenu un non-négociable dans ma pratique.
Et sur la valorisation des données : on ne facture pas des octets, on facture du service rendu. Une heure gagnée par semaine sur la facturation, c'est du salaire libéré pour autre chose. Un client qui ne se perd plus dans un labyrinthe administratif, c'est de la satisfaction client préservée. C'est ça qu'on mesure et qu'on met en avant — pas le volume de données traitées ni la beauté du dashboard.
Et puis l'IA est arrivée.
C'est tout cela, ComiPi : mettre en exécution ce que j'avais en tête depuis 1999. Et je dois être honnête sur un point : sans l'IA, je n'aurais probablement jamais réussi à le faire à l'échelle que je visais. Pas seul. Pas pour des TPE et des PME avec des budgets raisonnables.
L'IA a changé quelque chose de fondamental dans mon rapport au travail. Seul, on va vite. Mais seul avec des agents, on va vite et on va loin. La différence entre « j'ai une idée » et « j'ai une idée déployée et documentée » s'est réduite d'un facteur que je n'aurais pas osé parier en 2020.
L'agent agentique, franchement
Un agent IA commence par dire oui. Il exécute. Il propose. Il dit non trop tard, parfois — c'est son défaut réel. Mais c'est différent du collègue humain qui lève le bouclier avant même de réfléchir, par peur pour son métier. Cette réaction est humaine, légitime, compréhensible — et je ne la juge pas. Mais elle bloque des transformations qui rendraient pourtant ces mêmes métiers plus intéressants, moins répétitifs, mieux valorisés. L'IA ne va pas supprimer les métiers des gens qui font bien leur travail. Elle va supprimer les tâches répétitives qui leur pourrissent la vie depuis des années.
L'IA, c'est comme le web il y a 25 ans. Ce n'est pas une mode. Ce n'est pas une bulle. C'est là pour toujours, exactement comme le web s'est installé pour toujours dans nos façons de travailler. La seule vraie question, c'est de savoir si on en fait son meilleur allié — ou si on attend que la vague soit passée avant de s'y mettre. Dans les deux cas, la vague ne passe pas. Elle monte.
Ce que j'ai compris en travaillant avec l'IA au quotidien depuis 2022, c'est qu'elle est particulièrement efficace sur exactement le type de travail qui bloquait ma vision depuis 1999 : la conception d'architecture, la documentation, les automatisations d'intégration, la mise en forme de process complexes. Tout ce qui, avant, demandait soit une équipe soit de très longs week-ends. Aujourd'hui, seul, je peux concevoir, documenter, prototyper et livrer des choses qui m'auraient demandé une équipe de trois personnes il y a cinq ans. Ce n'est pas de la magie — c'est un changement structurel dans la productivité du travail intellectuel.
Au fin fond du désert, les gens savent.
Je vais dire quelque chose qui peut paraître présomptueux, mais que je crois profondément.
Moi, derrière mon écran à Saint-Denis-en-Val, je ne connais pas les problèmes des gens qui vivent au fin fond du désert mauritanien, ou dans un village rural au Bangladesh, ou dans une périphérie de Lagos. Je n'en sais pas autant qu'eux. Eux connaissent leurs difficultés mieux que n'importe quel consultant qui viendrait les étudier pendant trois semaines.
Ce qui leur manque, ce ne sont pas les idées. Ce sont les outils accessibles, reproductibles, documentés, pour résoudre eux-mêmes ce qui leur pourrit la vie. Des outils qu'ils peuvent commander localement pour 30 euros. Des process qu'ils peuvent faire tourner sans dépendre d'un serveur à 500 euros par mois. Une documentation qu'ils peuvent suivre sans avoir fait cinq ans d'ingénierie.
C'est la raison d'être de SISKIA — l'association que je préside, qui travaille sur des dispositifs de surveillance environnementale basés sur des composants standards du commerce, avec BOM publique, schémas ouverts, procédures d'installation vérifiées par des tiers. L'objectif explicite : qu'une association au Maroc, au Sénégal ou au Pérou puisse refaire exactement le même setup avec des composants commandés localement. Pas une adaptation. Exactement le même dispositif.
Et derrière ça, une conviction plus large : un problème résolu n'est jamais uniquement le sien. Il est presque toujours réplicable à d'autres personnes, d'autres situations, d'autres territoires. Si on traite son problème en créant un outil documenté, reproductible, on crée de la valeur pour tous ceux qui ont le même problème — et qui sont souvent bien plus nombreux qu'on ne l'imagine.
Diffuser la capacité de création de valeur et de richesse à tous. Pas comme slogan. Comme méthode.
C'est ça, ComiPi.
ComiPi Digital Consulting existe depuis 2021. Mais la vision qui la porte existe depuis 1999 — depuis ces premières années chez John Deere à regarder l'information circuler, se bloquer, se perdre, ou au contraire fluidifier le travail des équipes de façon presque magique quand quelqu'un avait pris le temps de bien la penser.
Ce que je fais concrètement : j'accompagne des TPE, des PME, des associations et des collectivités à mettre en place des architectures d'information qui fonctionnent pour elles — pas pour un idéal théorique, pas pour une démonstration technologique, mais pour les personnes qui travaillent dedans tous les jours. Des process fluides et correctement imbriqués. Des automatisations là où c'est répétitif et sans valeur ajoutée. Des outils que les équipes comprennent et s'approprient. Une cyber qui protège dès le départ, pas à la fin. Des données maîtrisées, hébergées, auditables.
La méthode est en quatre étapes, dans cet ordre : écouter, concevoir, mettre en production progressivement, transmettre. L'objectif à chaque mission n'est pas que ComiPi devienne indispensable — c'est l'inverse. L'objectif est que la structure puisse faire sans moi dans trois ans, parce qu'elle comprend ce qu'elle a mis en place et pourquoi.
Ce manifeste est le premier d'une série. Les articles qui suivent iront chacun plus loin sur un aspect de ce que j'ai esquissé ici : pourquoi Dolibarr moche + application UX, c'est l'architecture qui tient en 2026 ; comment N8N est passé sous les radars alors qu'il est gratuit ; comment on structure la cyber comme point de départ et pas comme vernis ; ce que SISKIA est en train de construire et pourquoi ça me tient autant à cœur. Et les cas clients — Blanc sur Noir, EVEIA, et d'autres à venir — qui montrent concrètement comment tout ça se déroule dans la réalité d'une petite structure avec des contraintes réelles.
Vingt-cinq ans à attendre le bon moment. L'IA est arrivée. Le moment est là.
Pour aller plus loin
- SISKIA : du proto au dispositif reproductible à l'internationalComment ComiPi a structuré la stratégie produit et le business model de l'association — avec une obsession : reproductible avec 30 € de composants commandés localement.
- Discuter d'un projetSi l'un des sujets évoqués ici résonne avec une situation dans votre structure, je suis disponible pour un premier échange.
Vous reconnaissez votre situation ?
Parlons-en.
Si ce manifeste décrit quelque chose que vous vivez dans votre structure — info cloisonnée, process qui frottent, outils qui coûtent et ne tiennent pas leurs promesses — on peut regarder ça ensemble.
La suite de ce manifeste
Le blog ComiPi
Cas clients, arbitrages techniques, méthode terrain. Pas de newsletter quotidienne — des articles quand il y a quelque chose à dire.