Note de transparence
Je préside par ailleurs le conseil de SISKIA. C'est un fait que le lecteur mérite de connaître. Mais ce n'est pas le sujet de cet article — et ça ne change rien à la nature de la mission : ComiPi a été missionné comme prestataire de conseil et d'architecture, avec les mêmes exigences que pour n'importe quel client. Les choix techniques et stratégiques documentés ici ont été arbitrés sur leurs mérites, pas sur des accommodements.
Le contexte : pourquoi SISKIA a missionné ComiPi
SISKIA existe depuis 2023. Son objet social est précis : accompagner les TPE et PME dans leur évolution numérique, et utiliser les recettes générées pour financer des projets open source à destination des populations qui n'ont pas accès aux outils technologiques de base. La détection précoce d'incendie de forêt est le premier de ces projets — le plus avancé en 2026, avec un prototype fonctionnel, une architecture radio LoRa testée, et des résultats de terrain encourageants.
Le problème que SISKIA a apporté à ComiPi était à la fois simple à formuler et difficile à résoudre : comment passer d'un prototype qui fonctionne dans les mains de ses créateurs à un dispositif qu'un tiers peut déployer, maintenir et répliquer sans eux ? Et, question indissociable, comment financer la durée — parce qu'une association dont le modèle économique repose uniquement sur des subventions ne tient pas dix ans.
À ces deux questions s'ajoutait une contrainte que nous avons posée dès le départ comme non-négociable : la reproductibilité internationale. Pas une version allégée pour les pays émergents, pas un kit simplifié — le même dispositif, avec les mêmes performances, pour une association au Maroc, au Sénégal ou au Pérou. Ce n'est pas une ambition de communication. C'est un critère de conception qui détermine chaque choix de composant, chaque ligne de code, chaque décision d'architecture.
La mission ComiPi comprenait donc deux volets : la stratégie produit — architecture technique, roadmap, jalons de validation, critères de passage en version production — et la structuration du business model — comment les activités commerciales de l'association alimentent ses projets libres sans compromettre leur nature ouverte.
Périmètre de la mission
ComiPi intervient comme prestataire de conseil et d'architecture, pas comme équipe de développement à plein temps. SISKIA reste propriétaire de ses projets et de ses dépôts. Nous posons les rails et le modèle ; l'association et ses contributeurs avancent dessus. L'objectif explicite à cinq ans : que SISKIA puisse tenir ses projets sans nous.
La méthode ComiPi : du proto au produit reproductible
Nous ne produisons jamais une recommandation sans avoir d'abord audité l'existant dans le détail. Avec SISKIA, cela a signifié passer en revue chaque projet : état du code, documentation disponible ou absente, liste des composants utilisés, dépendances aux services tiers, dépendances à des savoir-faire individuels non transmis. Le résultat était prévisible : trois projets techniquement solides — capteur incendie, gateway LoRaWAN, drone de surveillance — entièrement portés par quelques personnes, sans procédure d'installation reproductible, sans BOM structurée, sans test de validation formalisé. Ce qu'on appelle en interne la "dépendance de fondateur" : le jour où les porteurs passent à autre chose, le projet s'arrête.
Ce diagnostic est systématique dans notre pratique. La distance entre "ça marche en labo" et "un inconnu peut le déployer sans nous" est presque toujours bien plus grande qu'on ne l'anticipe. L'audit sert à mesurer cet écart honnêtement, avant de poser une roadmap crédible.
Le choix structurant : COTS systématique
La première décision d'architecture — celle qui conditionne tout le reste — est le choix de n'utiliser que des composants COTS (Commercial Off-The-Shelf) : modules standards du commerce, disponibles chez n'importe quel distributeur mondial. Pas de PCB custom. Pas de chip propriétaire. Pas de fabricant unique dont la disparition arrête tout.
Ce choix n'est pas une contrainte de budget. C'est une posture délibérée sur la réparabilité et la réplicabilité à long terme. Un ESP32, un capteur de fumée MQ-2, un module SX1276 LoRa 868 MHz, un panneau solaire 1 W : commandables sur AliExpress, Mouser, Digi-Key, ou un distributeur local à Dakar, à Rabat ou à Lima. Quand nous posons cette exigence chez SISKIA, nous l'appliquons aussi chez nos clients industriels — parce que la logique est identique : une chaîne d'approvisionnement avec un fournisseur unique est un point de défaillance que personne ne maîtrise.
La documentation comme livrable de premier rang
Pour chaque version de chaque projet, nous avons défini ce que doit contenir un "livrable reproductible" : une BOM publique au format CSV versionée avec le code, des schémas de câblage en SVG open source (KiCad), une procédure d'installation qu'un tiers a réellement suivie et validée — pas un README de trois lignes — et un kit de configuration logicielle permettant de recréer l'environnement de zéro.
Cette rigueur documentaire n'est pas là pour satisfaire un auditeur. Elle est là parce que la valeur d'un projet open source se mesure au nombre de personnes qui peuvent le faire tourner indépendamment de ses créateurs. Sans documentation testée par des tiers, un projet open source est un projet privé avec un dépôt public.
Jalons formels et critères de sortie de version
Nous avons posé une roadmap sur cinq ans avec des jalons de passage de version clairement définis. Chaque projet — capteur, gateway, drone — progresse de la version alpha (proto validé en labo) à la v1 production (déployable par un tiers sur site réel) jusqu'aux versions industrielles (Netscanner CE 2.4 pour la gateway). Chaque jalon a ses critères de sortie : ce qui doit être vrai pour qu'on considère la version terminée. Une roadmap sans critères de sortie, c'est un planning. Une roadmap avec critères de sortie, c'est un engagement.
La stack mise en place
Chez SISKIA, ComiPi a posé deux niveaux de stack : le niveau terrain (capteurs, gateway, drone) et le niveau gestion (l'application de suivi, les pipelines de données, la couche administrative). Les deux sont indissociables — parce qu'une asso qui déploie 50 capteurs sur 10 sites sans outil de pilotage ne peut pas tenir opérationnellement.
ComiPi ERP chez SISKIA
L'application de gestion que les membres de SISKIA utilisent au quotidien, c'est ComiPi ERP — notre SaaS métier développé en Next.js / Node.js / TypeScript. C'est lui qui porte l'UX, les dashboards opérateurs, les workflows d'alerte et les parcours de suivi de mission. En dessous, Dolibarr gère la comptabilité, les adhésions, les devis — accédé via son API REST par ComiPi ERP, jamais directement par l'utilisateur. Les pipelines Python gèrent le traitement des données capteurs, la classification des anomalies et les alertes temps réel. Tout est conteneurisé sous Docker, auto-hébergé, reproductible.
Les quatre articles de la série SISKIA
- Le capteur de détection incendieESP32, capteurs fumée COTS, LoRa 868 MHz — choix de composants, proto, BOM publique
- La gateway LoRaWAN mesh auto-hébergeableSX1302, ChirpStack, alimentation solaire, déploiement hors réseau fixe
- Le drone de surveillance autonomePixhawk, ArduPilot, missions programmées, architecture de flotte
- Netscanner CE 2.4 : de la gateway open source au produit B2BComment l'industrialisation d'une gateway open source génère les revenus qui financent SISKIA
L'obsession COTS : la vraie posture ComiPi
La question que nous posons systématiquement avant de valider un composant — chez SISKIA comme chez n'importe lequel de nos clients — est celle-ci : si ce fournisseur disparaît demain, est-ce qu'on peut continuer ? Avec SISKIA, on ajoute une deuxième question : est-ce qu'une association à Marrakech ou à Dakar peut commander l'équivalent chez un distributeur local, pour un budget inférieur à 35 euros ?
Ce n'est pas de la philosophie. C'est un critère de robustesse opérationnelle. Un système de détection incendie dont la chaîne d'approvisionnement dépend d'un seul fabricant ou d'un seul distributeur est un système qui s'arrête le jour où ce fabricant change de gamme ou fait faillite. La même logique s'applique à une PME industrielle qui met en place de la télémétrie terrain : si les pièces de rechange ne sont disponibles que chez un intégrateur unique, le risque opérationnel est réel.
Ce que ça donne sur le kit capteur incendie SISKIA
Le nœud capteur de détection incendie — celui qui mesure, stocke localement et transmet par radio LoRa — se monte avec :
- 1 carte ESP32-WROOM-32 (~5 €)
- 1 capteur de fumée MQ-2 COTS (~3 €)
- 1 capteur de température/humidité DHT22 (~2 €)
- 1 module radio SX1276 LoRa 868 MHz (~8 €)
- 1 panneau solaire 1 W + contrôleur de charge (~6 €)
- 1 boîtier IP65 imprimable en PLA ou acheté en grande surface (~4 €)
Total : environ 28 euros. Sans abonnement cloud. Sans outil de programmation propriétaire — tout passe par l'ESP-IDF, open source, compilable sur n'importe quelle machine Linux. Sans certification de formation préalable : la procédure d'installation, une fois testée et validée par des tiers, est suivable par quelqu'un qui sait souder et qui lit l'anglais.
La même logique s'applique à la gateway (SX1302 sur une carte compatible Raspberry Pi) et au drone (Pixhawk est le standard de facto open source du pilotage autonome, avec une communauté mondiale et des pièces disponibles sur quatre continents). Ce n'est pas un hasard que ces trois briques utilisent des composants qu'on retrouve dans des milliers d'autres projets : c'est délibéré.
Pourquoi cette posture concerne aussi les PME industrielles
Quand ComiPi accompagne une PME sur un projet de supervision industrielle ou de télémétrie terrain, nous appliquons le même raisonnement. Les contraintes changent — environnement industriel, certifications, débits, MTBF exigé — mais le principe non. Un industriel qui accepte de dépendre d'un seul fournisseur hardware propriétaire pour sa chaîne de capteurs est un industriel qui s'expose à une panne de production sans pièce de rechange. Ce risque est évitable. Le coût de l'évitement est nul si on y pense dès la conception. Il est prohibitif si on y pense après le déploiement.
La roadmap business 2026–2030
Voici les grandes lignes de la roadmap posée avec SISKIA. Ce n'est pas un planning figé — c'est un cadre de décision avec des jalons révisables à chaque bilan annuel.
- 2026Consolidation des protos — versions v1 production Capteur incendie, gateway LoRaWAN et drone passent chacun par un cycle de validation formelle : BOM publiée, procédure d'installation testée par un tiers, premier déploiement sur site réel. ComiPi ERP adapté SISKIA opérationnel en interne. Lancement de la documentation publique.
- 20273 à 5 sites pilotes en France + lancement Netscanner CE 2.4 Premiers déploiements réseau réels : collectivités locales, espaces naturels protégés, partenaires associatifs. En parallèle, Netscanner CE 2.4 — la version industrielle de la gateway, positionnée pour les PME industrielles — génère les premières recettes qui alimentent SISKIA. La boucle vertueuse démarre.
- 2028Ouverture internationale + Netmap SaaS Premier déploiement hors France avec kit réplicable complet (documentation, BOM, support en ligne). Premier pays cible à confirmer selon les partenariats locaux. Lancement de Netmap, la couche SaaS de pilotage multi-site pour les opérateurs réseau et les gestionnaires de territoire.
- 2029
–2030Netscanner Pro + transmission d'autonomie à SISKIA Gamme Netscanner complète (CE gratuit, Pro payant, scalabilité opérationnelle). ComiPi entame la transmission progressive de la gouvernance technique à SISKIA — l'association devient autonome sur la maintenance et les évolutions. ComiPi reste partenaire stratégique mais n'est plus le nœud central.
La boucle vertueuse
L'architecture financière posée par ComiPi repose sur un principe : les missions d'accompagnement TPE/PME (Netscanner CE, intégrations LoRaWAN, supervision industrielle) financent le travail open source de SISKIA. Plus ComiPi accompagne de clients industriels avec Netscanner, plus SISKIA a de ressources pour développer ses dispositifs libres. C'est un modèle que nous documentons parce qu'il est reproductible pour d'autres associations qui veulent allier impact social et autonomie financière.
L'article dédié à Netscanner explique en détail comment on est passé d'une gateway open source à un produit B2B vendable, sans trahir l'esprit libre du projet : Netscanner CE 2.4 : de l'open source au produit →
Ce qu'on peut en retenir
Structurer un projet open source jusqu'à le rendre reproductible à l'autre bout du monde, c'est avant tout un travail de traduction. Entre ce qui fonctionne dans un labo avec une équipe motivée et ce qui peut fonctionner dans les mains d'un inconnu, avec des contraintes imprévues, dans un pays qu'on n'a pas visité, il y a un fossé que la technique seule ne comble pas. Il faut de la méthode sur les composants, de la rigueur sur la documentation, et une vision sur le modèle économique — parce qu'un projet open source sans financement est un projet open source en sursis.
Ce qui nous a confirmé, avec SISKIA, une intuition que nous portons depuis le début : un problème traité rigoureusement n'est jamais uniquement le sien. La détection précoce d'incendie de forêt est un problème en Gironde, mais c'est aussi un problème en Californie, en Algérie, en Australie. Si l'outil qu'on construit pour le résoudre est documenté, ouvert et reproductible, sa valeur ne s'arrête pas aux frontières du projet initial. Elle se multiplie par le nombre de personnes qui peuvent le reprendre.
C'est pour cela que la posture COTS n'est pas un choix de budget : c'est un choix de portée. Et c'est ce que nous cherchons à installer chez chaque client — associatif, industriel, collectivité — qui a l'ambition que son travail serve au-delà de son périmètre immédiat.
Pour aller plus loin
- Manifeste : 1999 → 2026, ce que j'ai mis 25 ans à mettre en musiqueLa conviction fondatrice de ComiPi sur la circulation de l'information — et pourquoi SISKIA en est l'expression sociale directe.
- Pourquoi Dolibarr moche + app UX, c'est l'architecture qui tient en 2026Le raisonnement derrière la stack ComiPi ERP + Dolibarr, appliqué à SISKIA comme à nos clients industriels.
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