La question qui a tout déclenché
C'était lors d'une présentation technique, quelque part en 2025. On présentait la gateway LoRaWAN SISKIA — architecture, matériel, firmware, déploiement. Pas un pitch commercial. Une démo technique pour des gens qui savent lire un schéma électronique. À la fin, un directeur technique d'une PME industrielle — fabrication de pièces pour l'agroalimentaire, une cinquantaine de personnes [CHIFFRE À VALIDER] — lève la main. Il me regarde : "C'est bien. Vous pouvez faire pareil chez nous, mais avec du support et une garantie ?"
La question est simple. La réponse, pas du tout. Parce que SISKIA est une association loi 1901. Elle publie des plans, une BOM, du firmware. Elle ne vend rien. Elle ne fait pas de SAV. Elle n'a pas de stock. Elle ne peut pas signer un contrat de maintenance avec une PME industrielle qui a besoin que son réseau de capteurs tienne sur trois ans sans interruption.
Mais la demande était là. Et c'était la troisième fois en quelques mois que j'entendais une variation de la même phrase. Des industriels qui regardaient SISKIA, qui reconnaissaient la valeur, qui voulaient exactement ça — mais packagé, garanti, supporté. Ce n'est pas une demande de barbus qui compilent du C à 23h. C'est une demande de directeurs techniques qui ont des lignes de production à ne pas arrêter.
Le vrai signal
Quand un industriel demande "vous pouvez faire pareil avec du support", ce n'est pas un compliment poli. C'est un signal marché réel. Il valide que l'architecture tient. Il demande simplement une couche de confiance commerciale par-dessus. Cette couche, SISKIA ne peut pas la fournir structurellement. ComiPi, si.
J'aurais pu dire non. Renvoyer vers la documentation, recommander d'embaucher un développeur embarqué, rester dans le confort de l'open source sans les contraintes du produit. Mais ce serait passer à côté de quelque chose d'important : si la demande existe, et qu'elle est légitime, et qu'on a les compétences pour y répondre correctement, alors la seule vraie question est : comment on fait ça proprement ?
Produit pro ne veut pas dire privatisation
La première question que j'ai dû trancher : est-ce que créer Netscanner CE 2.4 revient à fermer SISKIA, à privatiser ce qui était ouvert, à trahir l'esprit du projet ? La réponse est non — mais elle mérite d'être explicitée, parce que la confusion est facile.
SISKIA reste une association. Le code firmware reste open source. La BOM reste publique. Les schémas restent accessibles. Rien de ce qui était libre ne devient propriétaire. Ce qui change, c'est qu'on crée à côté de SISKIA une offre commerciale — hardware durci, firmware certifié, boîtier industriel, garantie contractuelle, support réactif — que ComiPi peut vendre à des industriels qui n'ont ni le temps ni les compétences pour auto-héberger un projet open source.
Ce modèle existe. Il fonctionne. Red Hat l'a fait avec Linux. Canonical l'a fait avec Ubuntu. Elastic l'a fait avec Elasticsearch. Ce n'est pas de la récupération — c'est de la complémentarité. L'association produit la connaissance, la communauté, la validation terrain. L'entreprise commerciale prend cette base, l'industrialise, et en fait quelque chose que des non-techniciens peuvent commander, recevoir, brancher, et faire tourner avec un SLA.
Le modèle à comprendre
SISKIA produit le know-how. ComiPi le commercialise sous forme de produit pro. Une partie des revenus Netscanner revient à SISKIA pour financer la R&D associative et les déploiements dans les pays du Sud. La boucle est vertueuse — pas extractive.
Cette distinction est fondamentale dans ma façon de travailler. Je ne veux pas privatiser ce qui est libre. Je ne veux pas non plus laisser une demande industrielle réelle sans réponse parce que l'asso n'a pas la structure pour y répondre. Le produit ComiPi et le projet SISKIA ne sont pas en compétition. Ils s'adressent à des publics différents avec des besoins différents, et ils se nourrissent l'un l'autre.
Netscanner CE 2.4 : ce que c'est concrètement
"CE" pour Compact Edition. "2.4" pour la version du firmware de base, dérivée de la branche SISKIA v2.4 [VERSION À VALIDER]. L'idée n'est pas de réinventer quoi que ce soit — c'est de prendre ce qui fonctionne, de le durcir, de le conditionner dans un boîtier industriel, et de le vendre avec des garanties que des industriels peuvent mettre dans un contrat.
Concrètement, voici ce que le Netscanner CE 2.4 embarque :
Ce qui change entre la version SISKIA auto-hébergée et le Netscanner CE 2.4 : le durcissement firmware, le boîtier industriel, et surtout la couche de service. Un industriel qui commande un Netscanner CE 2.4 reçoit un boîtier, une documentation d'installation pas-à-pas, un accès au support, et un contrat de garantie. Il ne reçoit pas un kit de composants et un repo GitHub.
Cyber comme point de départ
Le firmware durci du CE 2.4 intègre dès la conception ce que la version SISKIA laisse à la charge de l'installateur : authentification forte sur l'interface d'administration, chiffrement des flux vers le serveur backend, désactivation des services réseaux inutiles, logs d'audit activés par défaut. Ce ne sont pas des options à cocher après coup. C'est l'architecture de base.
La posture ComiPi sur la cybersécurité s'applique ici de façon très concrète. Ce n'est pas un vernis final pour répondre à un appel d'offres. C'est un point de départ architectural. Un boîtier qui se connecte au réseau d'une ligne de production industrielle doit être pensé sécurité avant d'être pensé fonctionnalités. Netscanner CE 2.4 est conçu dans cet ordre.
La roadmap : trois étapes, trois niveaux de maturité
Netscanner CE 2.4 n'est pas une fin en soi. C'est le premier palier d'une gamme pensée sur trois ans. L'idée directrice : chaque palier répond à un niveau de complexité supérieur — plus de déploiements, plus de protocoles, plus de services managés.
2026
Netscanner CE 2.4 — Compact Edition
Premier produit commercial. Hardware COTS dérivé SISKIA, firmware durci, boîtier industriel, garantie 2 ans. Adresse les PME industrielles qui veulent un réseau de capteurs LoRaWAN clé en main, sans compétences embarquées en interne. Disponibilité commerciale suspendue en 2026 — pilotes en cours. Commercialisation conditionnelle 2027.
2027
Netmap SaaS — plateforme de pilotage multi-déploiements
Netscanner CE 2.4 déployé en nombre pose un problème de pilotage : comment superviser 10, 20, 50 boîtiers répartis sur plusieurs sites ? Netmap SaaS répond à cette question. Plateforme cloud auto-hébergeable ou SaaS managé par ComiPi, avec carte de supervision, alertes, gestion des firmwares à distance, export de données vers les SI existants. Conçue pour être multi-tenant : un groupe industriel peut superviser toutes ses filiales depuis une seule interface.
2028+
Netscanner Pro — gamme étendue
Le palier supérieur. Plus de channels LoRaWAN [CHIFFRE À VALIDER], protocoles supplémentaires (Zigbee, Modbus, BACnet [PROTOCOLES À CONFIRMER]), option gateway 4G/5G/satellite pour les sites sans filaire, certifications industrielles renforcées. Adresse les grands comptes industriels et les déploiements en environnement difficile.
Chaque palier conditionne le suivant. Netmap SaaS ne sera lancé que si Netscanner CE 2.4 valide suffisamment de déploiements terrains pour justifier l'investissement d'une plateforme de supervision. Netscanner Pro ne sera lancé que si Netmap SaaS démontre une base d'utilisation réelle. C'est une roadmap honnête, pas un slide de pitch.
La boucle économique : ComiPi, SISKIA, et l'argent qui circule
Je veux être transparent sur le modèle économique, parce que la question "mais SISKIA reste vraiment libre ?" mérite une réponse claire plutôt qu'un vague "oui bien sûr".
Le modèle fonctionne comme suit : ComiPi vend Netscanner CE 2.4 à des industriels. Sur chaque vente, une fraction des revenus — pas marginale [POURCENTAGE À DÉFINIR] — est reversée à SISKIA sous forme de don ou de contrat de prestation R&D. Ces fonds permettent à SISKIA de continuer à développer le firmware de base, à maintenir la documentation, et à financer des déploiements dans des contextes où il n'y a pas de budget commercial : associations environnementales, projets de développement dans les pays du Sud, expérimentations académiques.
Ce n'est pas de la philanthropie. C'est de l'intérêt bien compris. Si SISKIA s'arrête de maintenir le firmware de base, Netscanner CE 2.4 perd sa source de R&D et doit tout financer lui-même — ce qui dégrade la compétitivité du produit. Si Netscanner ne génère pas de revenus, SISKIA reste sur des ressources bénévoles limitées et son rythme de développement ralentit. Les deux ont besoin l'un de l'autre.
Comparaison utile
Red Hat vendait du support Linux sans posséder Linux. Canonical vend Ubuntu Enterprise sans posséder le noyau. La valeur commerciale est dans le packaging, la garantie, le support — pas dans la rétention du code source. ComiPi applique le même principe à l'échelle d'un projet associatif de surveillance environnementale IoT.
Il y a aussi un effet induit que je trouve intéressant. La version commerciale Netscanner CE 2.4 impose des exigences de qualité qui remontent dans le firmware SISKIA open source : meilleure documentation, tests de régression, procédures de mise à jour OTA. Les utilisateurs open source bénéficient indirectement de la rigueur imposée par les exigences industrielles. Ce n'est pas prévu dans un grand plan — c'est la mécanique naturelle quand une base de code doit satisfaire simultanément des bénévoles enthousiastes et des DT qui ont des lignes de production à défendre.
Disponibilité : la vraie situation en 2026
Je vais être direct sur un point : le Netscanner CE 2.4 n'est pas en vente en 2026.
Des pilotes sont en cours avec [NOMBRE À DÉFINIR] entreprises industrielles partenaires. L'objectif de ces pilotes est double : valider le hardware en conditions réelles sur au moins 6 mois [DURÉE À CONFIRMER], et construire les premières procédures d'installation et de support qui permettront une commercialisation propre. On n'est pas dans une posture de MVP lancé à la va-vite pour voir ce qui colle. On est dans une validation terrain sérieuse avant d'engager des garanties à 2 ans.
La commercialisation est conditionnelle à la réussite de ces pilotes. Si tout va bien, une ouverture commerciale limitée est envisagée pour 2027 — d'abord sur invitation, auprès d'industriels avec lesquels on a déjà une relation et un contexte technique connu. Pas de boutique en ligne, pas de commande en 3 clics. Un échange préalable, une évaluation du besoin, un devis, un contrat. C'est ainsi que ça se passe quand on prend la garantie au sérieux.
Si vous êtes intéressé maintenant
La page contact est le bon endroit. Je n'ai pas de date ferme à donner, mais je maintiens une liste d'intérêt pour les structures avec lesquelles une conversation préalable a eu lieu. Ce n'est pas une liste marketing — c'est une liste de projets réels que j'ai envie d'accompagner quand les conditions sont réunies.
J'aurais pu écrire cet article différemment — annoncer un produit disponible, mettre un formulaire de commande, créer de l'urgence. Ce n'est pas ma façon de travailler. La confiance d'un industriel se construit sur la cohérence entre ce qu'on dit et ce qu'on fait. Annoncer une disponibilité qu'on ne peut pas tenir est le meilleur moyen de ne jamais la tenir.
Pourquoi ça m'importe autant
Dans mon manifeste, j'ai écrit que si on traite son problème en créant quelque chose de reproductible et documenté, on crée de la valeur pour tous ceux qui ont le même problème. SISKIA, c'était ça : une réponse à un problème de surveillance environnementale à bas coût, documentée pour être refaite n'importe où dans le monde.
Netscanner CE 2.4, c'est la même logique appliquée à un contexte différent. Des industriels ont un problème réel — ils veulent déployer des réseaux de capteurs LoRaWAN sans dépendre de solutions propriétaires à 3 000 € la gateway et sans embaucher un ingénieur embarqué. SISKIA leur a montré que c'était techniquement faisable. Netscanner CE 2.4 leur montre que c'est commercialement accessible.
Ce qui me plait dans ce chemin, c'est qu'il ne choisit pas entre l'idéalisme open source et la réalité commerciale. Il essaie de les faire travailler ensemble — avec transparence sur ce qui est ouvert, ce qui est commercial, ce qui va dans quelle poche, et pourquoi. C'est ça qui dure.
Pour aller plus loin
- Manifeste ComiPi : 1999 → 2026La conviction fondatrice — l'entreprise c'est de l'information qui circule. Tout le reste suit.
- SISKIA : du proto au dispositif reproductible à l'internationalComment ComiPi a structuré la stratégie produit et le modèle de gouvernance de l'association.
- La gateway LoRaWAN SISKIA — architecture et déploiementLe deep-dive technique : hardware, firmware, protocole, déploiement terrain. La base dont Netscanner CE 2.4 est dérivé.
- Dolibarr moche + app UX : l'architecture qui tient en 2026La même logique appliquée au SI des PME — open source comme socle, couche métier par-dessus.
- Discuter d'un projet NetscannerPilotes en cours, commercialisation conditionnelle 2027. Si votre contexte est pertinent, parlons-en maintenant.
Vous êtes industriel ?
Parlons Netscanner.
Pas de vente en 2026 — des pilotes, une liste d'intérêt, et des conversations sérieuses. Si votre contexte est pertinent, c'est le bon moment pour qu'on en discute.
Vous voulez comprendre SISKIA d'abord
Le projet open source
Avant le produit, il y a l'association. BOM publique, schémas ouverts, firmware documenté. Tout ce qui a rendu Netscanner CE 2.4 possible.